JEAN
CHARLES ADOLPHE ALPHAND
(1817-1891)
La
carrière d'Alphand est un bon exemple de réussite
due à une compétence professionnelle
indiscutable jointe à une diplomatie convaincante.
Distingué par Haussmann, devenu bientôt
le principal de ses collaborateurs, il sut, après
la chute du grand préfet et sans jamais le
renier, lui succéder dans une majeure partie
de ses responsabilités et poursuivre son livre
sous un régime différent et particulièrement
hostile à tout ce qui s'était fait sous
l'Empire.
C'est
à Bordeaux qu'Haussmann avait apprécié
ce polytechnicien qu'il fit venir à Paris
en 1854 pour lui confier le service des Promenades
: ainsi Alphand fut-il l'aménageur des bois
de Boulogne et de Vincennes, des parcs Monceau et
Montsouris, des allées de l'Observatoire
et Richard-Lenoir, et le créateur d'une série
de squares.
Les
Parisiens admirèrent en particulier le travail
réalisé au bois de Boulogne. L'aménagement
de ce dernier avait été entrepris,
avant l'arrivée d'Haussmann, par le paysagiste
Varé qui avait voulu y créer une rivière
artificielle, à l'imitation de la "Serpentine"
de Hyde Park, que Napoléon III avait admirée.
Mais il avait mal calculé son nivellement
et sa rivière eût été
à sec à l'amont et transformée
en lac à l'aval. Alphand la remplaça
par deux lacs de niveaux différents, séparés
par une cascade, donnant naissance à des
ruisseaux qui sillonnent le Bois. A travers les
futaies, il perça des allées sinueuses.
Un
programme similaire fut appliqué au bois
de Vincennes tandis qu'aux Buttes-Chaumont Alphand
réussissait à créer un parc
pittoresque à l'emplacement d'une ancienne
carrière à plâtre devenue décharge
publique. Mais ce qui frappa le plus les Parisiens
de l'époque fut de voir les nouvelles artères
et les quais se border d'arbres, jusque-là
inconnus sur la voie publique.
24
squares furent disséminés dans Paris,
qui offrirent, selon la volonté de l'Empereur,
des lieux de promenade et de la verdure aux classes
laborieuses qui en étaient jusque-là,
ne sortant pas de la ville, totalement privés.
Ceux qui ont souligné, à juste titre,
qu'Haussmann et Alphand avaient détruit plus
d'espaces verts qu'ils n'en avaient créés
oublient de préciser qu'à des parcs
privés et fermés se sont substitués
des jardins ouverts à tous et inaliénables.
Bientôt
chargé, en outre, de la voierie, Alphand
exécuta un certain nombre de percements (boulevard
Voltaire) et prit une grande part aux travaux de
préparation de l'Exposition de 1867, en particulier
en nivelant la colline du Trocadéro, dont
les terres furent employées pour constituer
le parc du Champ-de- Mars.
En
1870, le gouvernement de la Défense nationale
nomma colonel ce haut fonctionnaire de l'Empire
et le chargea des fortifications de Paris et des
forts avancés. La carrière administrative
d'Alphand se poursuivit ensuite, et il finit par
réunir entre ses mains tous les services
de la Ville comportant des travaux divers, y compris
le service des Eaux à la mort de Belgrand
en 1878. Cette même année voyant revenir
une Exposition universelle, il travailla à
sa préparation et aménagea les
jardins du nouveau Trocadéro. Il conclut
brillamment sa carrière en dirigeant l'Exposition
de 1889. Aux dires d'Haussmann (1890), Alphand,
grand officier de la Légion d'honneur, était
devenu le véritable préfet de la Seine.
Les deux hommes moururent la même année
et, dès 1898, la mémoire d'Alphand
fut célébrée par l'érection,
en bordure de l'avenue Foch, du monument de Dalou.
Haussmann devra attendre quatre-vingts ans la même
consécration.
|